| |
Communiqué
Déclaration
et déni de responsabilité
PLUS
D'UNE DÉCENNIE APRÈS LE RAPPORT ROCHON:
Les médecines
douces se pratiquent toujours en douce !
LE RAPPORT ROCHON
En
1988, le rapport de la Commission d'enquête sur les services
de santé et les services sociaux, connu sous le nom de
rapport Rochon traçait le portrait des médecines
douces au Québec. La Commission estimait à 7000
le nombre de personnes pratiquant ces types de thérapies.
Parmi ce nombre, seulement 15 % étaient des professionnels
reconnus, notamment des médecins, des infirmières
ou des pharmaciens, alors que 85 % étaient des praticiens
non reconnus, spécialisés en médecines
douces et exerçant en dehors du système officiel.
(1) La Commission ajoutait que la pratique de certains pouvait
être considérée comme illégale parce
qu'ils posent des actes qui peuvent être interprétés
comme un diagnostic médical alors qu'ils n'auraient pas
la formation requise.
Pour
contrôler cette lacune juridique nuisant aux thérapeutes
alternatifs dans leur pratiquée, l'Office des professions
recommandait à la Commission qu'on modifie dans les lois
des corporations existantes et dans le Code des Professions
(2), les articles qui rendent illégales la pratique des
médecines douces. En fait, ces pratiques ne jouiraient
pas de la reconnaissance professionnelle mais ne seraient plus
susceptibles de poursuites par les corporations existantes.
La Commission conclue ce thème en affirmant qu'on ne
peut ignorer le phénomène d'émergence des
médecines douces et leur quête de légitimité.
(3)
Dans
ce contexte où les médecines douces se sont vues
refuser à maintes reprises l'accès à une
corporation professionnelle régie sous le Code des Professions,
la Commission se permet de recommander certains changements
à ces lois. En effet, elle ajoute que les critères
actuels (qui sont toujours les mêmes en 1997)
d'incorporation sous le Code des Professions sont peu opérationnels,
ils ne permettent pas de tracer la frontière entre une
activité de travail et une activité dite professionnelle.
(4) La Commission avait alors suggérée que le
critère nécessaire à l'accès à
une corporation professionnelle soit la protection du public
, soit modifié. Cette notion est dépassée.
Il serait plus approprié de parler de respect du consommateur
et de respect du public. La protection du public devrait pouvoir
signifier le respect des droits, de la dignité, de l'intégrité
et de la sécurité de la personne. Ces éléments
doivent servir de base pour préciser la notion de protection
du public qui alors présidera à la reconnaissance
de nouvelles corporations et à l'exercice des fonctions
des corporations existantes. (5)
Le problème
majeur des thérapeutes alternatifs et de leur pratique
est causé en majeure partie par le monopole de la médecine
contrôlée et supervisée par le Collège
des médecins. Cependant, ce monopole n'a plus vraiment
sa place dans une société comme la nôtre
qui est en constante évolution et progression tout comme
les connaissances médicales. Même en 1988, la Commission
avait déjà exprimé un certain scepticisme
face au monopole de la pratique de la médecine par les
médecins (surtout par le Collège des médecins).
La Commission affirmait alors que la formation médicale
ne peut plus préparer le médecin à être
compétent dans l'ensemble des spécialités
rattachées à la santé. Le médecin
a pu a un moment de l'histoire, être le seul qualifié
pour dispenser des soins de santé, mais ce n'est plus
le cas à l'heure où les connaissances se développent
à un rythme accéléré et les spécialités
se multiplient. Bien que le médecin soit de plus en plus
compétent, il existe maintenant parallèlement
à la médecine, des activités qui peuvent
prétendre à un degré de connaissances supérieur
à celle-ci dans certains domaines reliés à
la santé. (6)
De plus,
l'acharnement du Collège des médecins sur la pratique
des thérapeutes alternatifs, qu'ils soient médecins,
infirmières ou autres, n'est plus justifié. En
effet, les corporations professionnelles ont comme mandat premier
la protection du public, ce qui à l'origine était
fort louables. Cependant, le Collège des médecins
se sert plutôt des pouvoirs qui lui sont conférés
par le Code des professions et la loi médicale pour renforcer
son monopole sur le champ de pratique de la médecine
et non à protéger le publics contre des intervenants
non compétents. En effet, à partir du moment où
le Collège des médecins décide qu'il y
a eu pratique illégale de la médecine (au sens
de l'article 31 de la loi médicale dont la portée
est extrêmement large), 9 fais sur 10, le thérapeute
poursuivi sera condamné et ce même si le patient
n'a subi aucune lésion ou dommages. Même si le
traitement prodigué a été efficace et a
soulagé le patient, le Collège des médecins
intervient tout de même et ces thérapeutes sont
systématiquement condamnés. L'intervention du
Collège des médecins sert tout simplement à
conserver le monopole sur la pratique de la médecine
et non pas, comme la loi l'exige, à protéger le
public.
La Commission
avait d'ailleurs indiqué qu'il n'appartenait pas à
une corporation de poursuivre un individu non-membre pour pratique
illégale de la médecine. La dénonciation
pour pratique illégale devait être faite par le
public ou par la corporation mais il revient à l'Office
des professions et non à la corporation d'entamer la
poursuite. (7)
Afin
d'encadrer la pratique des médecines douces sans passer
par la constitution d'une nouvelle corporation professionnelle,
l'Office des professions a suggéré à la
Commission de mettre sur pied un nouveau moyen de contrôle
pour les praticiens de médecines douces dont les activités
peuvent représenter un certain danger pour le public.
Ce moyen
serait l'inscription des thérapeutes à l'Office
des professions. L'Office créerait alors une structure
souple et flexible qui verrait à fixer les normes de
délivrance et de détention de permis, à
émettre et à établir les modes de contrôle.
La Commission avait alors trouvé que ce moyen de contrôle
était des plus appropriés et que ceci pouvait
assurer la protection du public dans les cas où l'incorporation
n'était pas requise. (8)
Finalement,
la Commission avait émis certaines recommandations
pour permettre la reconnaissance de thérapies alternatives,
voici les plus importantes
- En ce qui a trait à l'organisation professionnelle,
la Commission est d'avis que la notion de protection du
public doit être révisée flans l'optique
du respect des droits, de la dignité, de l'intégrité
et de la sécurité de la personne;
- Aux yeux de la Commission, il importe de redéfinir
les critères d'incorporation essentiellement autour
de la reconnaissance d'un acte exclusif ou d'acte à
partage restreint, et finalement
- Pour les praticiens de services de santé qui
ne seraient pas membre d'une corporation professionnelle
mais dont les activités nécessitent un certain
contrôle, la Commission suggère la création
d'un mécanisme d'inscription sous la responsabilité
de l'Office des professions. De plus, elle propose que
les poursuites pour pratique illégale soient confiées
a l'Office, les corporations conservant l'initiative de
signaler les cas suspects à l'Office. (9)
LE
LIVRE BLANC DE 1989: POUR AMÉLIORER LA SANTÉ ET
LE BIEN-ÊTRE AU QUÉBEC, ORIENTATIONS
Finalement,
toutes ces belles et profondes recommandations qui permettraient
enfin la pratique des médecines douces au grand jour
se sont retrouvées sans auditoire. La ministre responsable
du dossier à l'époque, Mme Thérèse
Lavoie-Roux, dans son livre blanc sur la santé a repris
seulement certaines recommandations soumis par le rapport Rochon.
On y retrouve certes un passage sur les médecines douces
où la ministre entend proposer au ministre responsable
de l'application des lois professionnelles que l'Office des
professions assure le contrôle de l'activité professionnelle
lorsque des pratiques peuvent représenter un certain
danger pour le public, en attendant qu'une corporation puisse,
le cas échéant, l'assurer elle-même. Au
même moment où la ministre se prononçait,
monsieur Claude Ryan proposait un projet de loi pour amender
la loi médicale qui aurait pour effet d'augmenter d'avantage
le monopole du Collège des médecins sur la pratique
de la médecine. Il est clair que le message n'avait pas
passer auprès des représentants du gouvernement.
A cette
Époque, le Réseau d'Action pour une Santé
Intégrale (R.A.P.S.I.) avait de plus proposer à
la ministre la mise en place de projets-pilotes qui encadraient
la pratique des thérapies alternatives. La ministre était
réceptive à cette idée, cependant rien
n'a été fait dans ce sens et on parle maintenant
de la possibilité d'un éventuel projet-pilote
en 2001 soit dix ans après la recommandation!
Finalement,
ce qui ressortait du dossier à cette époque, c'est
que le gouvernement ne voulait pas se prononcer sur le dossier
des médecines douces et qu'il voulait même refermer
d'avantage l'étau sur ces dernières. Nous ne sommes
pas loin du même constat en 1997, soit plus de dix ans
plus tard.
L'OFFICE
DES PROFESSIONS
En
1992, l'Office des professions du Québec dévoilait
ses conclusions et recommandations quant à la protection
du public dans le domaine des médecines douces. L'Office,
par l'entremise de son président Me Thomas J. Mulclair,
maintenant député de l'opposition officielle à
l'Assemblée nationale, en venait alors à la conclusion
que la majorité des pratiques ne représentent
pas de danger pour le public, et dans la plupart des cas, font
du bien à leurs utilisateurs, et qu'elles devraient pouvoir
être exercées sans crainte de poursuite pour pratique
illégale. (10)
L'Office
recommandait alors de ne pas créer de corporation professionnelle
dans le domaine des médecines douces car elles ne représentent
pas un véritable danger pour le public. Encore la, l'Office
avait due se prononcer sur ce dossier suivant le critère
de la protection du public. Pourtant, dans le rapport Rochon
, on y recommandait de modifier cette notion devenue dépassée
pour une définition se basant sur le respect de la personne.
Encore une fois, malgré une recommandation du rapport
Rochon pour permettre l'accès des médecines douces
à une corporation professionnelle, cette recommandation
n'a pas eu de suite et en 1992, on se retrouve toujours avec
le même critère et inévitablement le même
résultat; le cloisonnement des médecines douces
au Québec.
L'Office
recommandait également de modifier les lois professionnelles
pour préciser que certains actes poser par les thérapeutes
alternatifs ne font pas partie des actes réservés
aux membres de l'une ou l'autre des corporations professionnelles.
Et finalement l'Office recommandait aussi de modifier le Code
des professions pour ajouter aux pouvoirs de l'Office des professions
celui de déterminer par règlement, des titres
ou appellations pouvant donner lieu de croire qu'il s'agit de
professionnels reconnus. Le gouvernement n'a jamais donné
suite à aucune des recommandations de l'Office.
LA
SITUATION JURIDIQUE ACTUELLE DES MÉDECINES DOUCES AU
QUÉBEC.
Plus
de dix ans après le rapport Rochon, nous sommes obligés
de constater que la pratique des médecines douces, soit
par les médecins, soit par des non-médecins membres
d'une corporation professionnelle ou par des thérapeutes
non reconnus n'a toujours pas trouvé la légitimité
à laquelle elle pouvait aspirer après le dépôt
du rapport Rochon. Aucun progrès au niveau légal
n'a amélioré la pratique de ces thérapies.
En effet, les thérapeutes non reconnus sont toujours
dans l'illégalité du moment où ils posent
un diagnostic et tente un traitement pour soulager le patient.
Dès ce moment, ils exercent la médecine de façon
illégale et sont ou risquent d'être poursuivis
par le Collège des médecins. Les non-médecins
membres d'une corporation professionnelle, comme par exemple
les infirmières, sont pour leur part pris dans le même
étau. En effet, dès qu'ils posent un acte sortant
des limites des actes permis par leur loi constitutive respective,
ils exercent illégalement la médecine. Et finalement,
pour les médecins, le problème juridique se situe
au niveau de leur Code de déontologie (11) qui leur interdit
de poser des actes contraires aux données de la science
médicale actuelle reconnue. Comme les médecines
douces ne sont pas reconnues par la science médicale
actuelle, dès que ces médecins veulent traiter
un patient avec des médecines dites douces, ils commettent
un acte dérogatoire et sont poursuivis par le comité
de discipline de leur corporation pour infraction au Code de
déontologie. Force est de constater que c'est cette situation
juridique qui prévalait au moment où le rapport
Rochon a été déposé et que c'est
toujours cette situation qui existe en 1997. Aucun progrès
au niveau juridique n'a été fait depuis plus de
dix ans.
Rien
dans la pratique des médecines douces au Québec
n'a véritablement changé depuis leurs tout débuts.
La conclusion juridique est que la pratique des médecines
douces au Québec dans un but curatif est illégale
peu importe qui l'on soit.
Cependant,
dans ce contexte juridique difficile, les médecines douces
sont en constante progression et le nombre de thérapeutes
ne cesse d'augmenter et ce malgré les nombreuses poursuites
du Collège des médecins. Pourquoi? Tel que l'avait
décrit le rapport Rochon à l'époque, la
déshumanisation des soins et l'absence d'une approche
globale de la personne ont grandement contribués à
la prolifération des diverses thérapies qui cherchent
à répondre adéquatement aux besoins des
individus. L'accessibilité, la continuité ,1a
globalité et la personnalisation des soins sont demeurés
des mots qui ont trouvé jusqu'ici peu d'assises dans
la réalité médicale actuelle. (12) Les
thérapies alternatives ou les médecines douces
sont, depuis leurs premières origines, basées
principalement sur ces concepts de globalité de la personne.
LE
PROCHAIN DÉBAT PUBLIC
e gouvernement
semble faire le sourd d'oreille et ce depuis le dépôt
du rapport Rochon. Il est grandement temps que les modifications
législatives nécessaires à la légalisation
de la pratique des médecines douces soient adoptées.
Il est clair que ces modifications ne seront apportées
qu'après de nombreuses pressions du public auprès
du gouvernement. Ces pressions passent prioritairement par des
actions concertées de divers acteurs sociaux comme les
associations professionnelles reliées au milieu, et les
associations de consommateurs. Ces différents intervenants
ne devraient pas oublier que l'ancien ministre de la santé
est celui qui a dominé son nom au rapport Rochon. Pendant
que le réseau de la santé s'enorgueillit en posant
de multiples diagnostics sur ses capacités administratives
et son financement (rapport Rochon, rapport Clair, rapport Bédard,
commission Romanow, etc.), les patients et les simples praticiens
qui jonglent avec des vies humaines plutôt qu'avec des
chiffres se trouvent de plus en plus plongés dans l'inconnu
et l'attente... Les politiciens et les administrateurs vivent
déjà mal avec des diagnostics qui critiquent leurs
choix.
- Rapport de la Commission d'enquête sur les services
de santé et les services sociaux, Les publications
du Québec, 1988, p. 293
- I.R.Q. c. C-26
- Op. cite, note 1, p. 295
- idem.
- Op. cite, note 1, p. 574.
- Op. cite, note 1, p. 577
- Op. cite, note 1, p. 583
- Op. cite, note 1, page 580
- op. cite, note 1, page 588
- Médecines douces: un public mieux protégé,
Communiqué du rapport de presse de l'Office des professions
du Québec, 29 avril l992, page 1
- Code de déontologie des médecins, R.R.Q.
1981, c.M-9, r.4
- Op. cite, note 1, page 512
|
|