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Le
traitement structurel en ostéopathie
Toute
anomalie fonctionnelle correspond à un dysfonctionnement
structurel. Il recherche donc quelles structures sont
perturbées. Selon le niveau d'intervention, on
distingue ainsi une ostéopathie "structurelle"
qui intervient principalement sur le système locomoteur.
L'ostéopathie
structurelle d'aujourd'hui est la continuation de l'ostéopathie
originelle pratiquée par le docteur Still.
Elle
s'attache à traiter manuellement certains états
aigus chroniques ou subnormaux du système neuro
musculo squelettique. Nous entendons par états
sub-normaux, les états situes entre les limites
du normal et les limites du pathologique.
Nous
l'avons vu, le système neuro-musculo-squelettique
est pour le docteur Irvin Korr: "the primary machinery
of life". Tous les autres systèmes sont à
son service.
Les
besoins de ce système sont variables suivant les
instants. Par exemple, un moment nous sommes assis puis
brusquement nous nous levons et nous courons pour prendre
un bus. Notre métabolisme s'accélère,
le coeur, les poumons, les muscles et les glandes augmentent
leur activité. Toutes ces modifications sont contrôlées
à chaque instant par le système neurovégétatif
dont les centres se situent dans la moelle épinière,
le tronc cérébral et le cerveau. A différents
segments de moelle, les fibres de ce système sortent
par les trous de conjugaison de la colonne vertébrale
avant de se distribuer aux différents organes.
Sur leur chemin, elles côtoient donc les différentes
structures de l'articulation intervertébrales (méninges,
disque, capsules, ligaments, apophyses articulaires, articulations
costo-vertébrales).
D'après
le Professeur Irvin Korr, une lésion d'une de ces
structures en relation avec des fibres nerveuses, peut
causer une réaction réflexe locale ou à
distance entraînant non seulement une gêne
ou une douleur, mais aussi des changements dans l'activité
du système neurovégétatif et par
là même des modifications dans les organes
qu'il innerve. Ce phénomène touche non seulement
les fibres du système nerveux neurovégétatif,
mais aussi toutes les autres fibres (sensitives et motrices)
du segment médullaire impliqué. Par l'intermédiaire
de la paire de nerfs rachidiens qui en émerge,
c'est finalement tout un métamère qui sera
concerné (dermatome, viscérotome, sclérotome,
myotome). Voici ce qu'écrit à ce sujet le;
Professeur Irvin Korr dans sa théorie sur la facilitation
segmentaire (The facilitated spinal segment):
"1.
Normalement, les neurones efférents ne déchargent
pas en réponse à chaque influx qui les stimule.
Un neuroneefférent ne décharge que si son
potentiel de membrane a été amené
à une valeur sous-liminaire par les autres fibres
afférentes qui s'articulent avec lui. En d'autres
termes, il doit être facilité avant de décharger.
Cette nécessite représente une sorte "d'isolant"
pour notre système nerveux."
2.
"Dans le segment médullaire en lésion, cet
"isolant" ne fonctionne plus. Un grand nombre de neurones
efférents sont maintenus près de leur décharge
-sont facilités- même au repos par un bombardement
afférent chronique provenant de structures en relation
métamérique avec les neurones: dermatome,
viscérotome, sclérotome, myotome
3.
"Les propriocepteurs représentent, sans aucun doute,
une source importante de ce type d'afférences,
mais n'importe quelle structure métamérique
peut en être l'origine. Un viscère pathologique,
un point trigger, ou toute autre structure enflammée
ou irritée peut constituer une source chronique
d'afférences vers la moelle et être responsable
d'une facilitation plus ou moins tonique (un point trigger
ou "point gâchette" est un point de tension myo-aponévrotique
importante. Sa palpation est très utile sur le
plan diagnostique et thérapeutique) "
4
"Tout influx ou contingent d'influx supplémentaires
peut amener ces neurones efférents facilités
à décharger, que l'origine de ces influx
soit le cortex cérébral, les centres de
l'équilibre et de la posture, les centres bulbaires,
les récepteurs cutanés ou d'autres encore.
Si ce bombardement afférent est suffisamment important
et persistant, les neurones facilités et les organes
qu'ils innervent peuvent être continuellement mentants
en état d'activité excessive.
5
"L'état de facilitation peut s'étendre à
tous les neurones qui ont leurs corps cellulaires dans
le segment médullaire qui innerve l'articulation
en lésion, ce qui inclut les cellules de la corne
antérieure, les fibres pré-ganglionnaires
du système nerveux sympathique et apparemment les
fibres spinothalamiques. "
6.
"Etant donné qu'un trouble structurel (une lésion
ostéopathique) sensibilise un segment médullaire
aux influx venant de toutes les sources citées
précédemment, le segment médullaire
en lésion ne doit pas être considéré
comme un centre d'irritation centrifuge, mais plutôt
comme une lentille vers laquelle les irritations convergent.
Puisque les barrières de "l'isolant" sont affaiblies
dans le segment en lésion, toute excitation est
canalisée vers les voies nerveuses motrices qui
partent de ce segment. Un courant d'air, un léger
choc, entraîneront une réponse, préférentiellement
au niveau des segments facilités, et donc une douleur,
une crampe ou une réaction cutanée dans
les tissus innervés par ces segments."
7.
"Ceci est un truisme en neurophysiologie: lorsqu'une fonction
est excitée, une autre, son opposée est
simultanément inhibée. Bien qu'au cours
de nos études nous ne nous soyons pas penchés
sur cet aspect, il n'y a aucun doute que dans le segment
médullaire en lésion, la facilitation s'étend
aussi aux neurones qui exercent des influences inhibitrices
sur d'autres neurones ou d'autres organes."
"On
peut donc conclure qu'une lésion ostéopathique
correspond à un segment médullaire facilité,
maintenu dans cet état par' des influx d'origine
endogène qui parviennent à la moelle ' par
la racine dorsale correspondante , les structures qui
sont sous le contrôle des fibres efférentes
de ce segment sont potentiellement exposées à
une excitation ou à une inhibition excessive."
(Korr, 1947, 1976, 1978).
Et
le Professeur Irvin Korr rajoute par ailleurs: "Si l'on
admet l'importance des propriocepteurs dans le mécanisme
de la lésion ostéopathique, il ne faut pas
négliger pour autant le fait que toute structure
en rapport métamérique avec le segment médullaire
affecté, peut, au même titre, créer
ou maintenir un état lésionnel. En fait,
toute source d'afférences, qu'elle soit en rapport
métamérique ou non, peut exercer une influence
à travers le réseau des neurones d'association.
"
"A
toutes ces sources d'influx, il faut ajouter les sources
supra-segmentaires, tous les centres supérieurs,
depuis le bulbe rachidien jusqu'au cortex cérébral,
qui agissent par l'intermédiaire des voies médullaires
descendantes. Parmi ces sources, beaucoup sont des sources
d'influx continus et de volume très variable. Elles
exercent leur influence (excitatrice ou inhibitrice) sur
les neurones efférents à tous les niveaux
de la moelle épinière."
"I1
est donc très important de se souvenir que les
neurones efférents représentent des voies
communes finales, ces · voies étant elles-mêmes
le point d'aboutissement d'une foule d'influx de toutes
sortes qui s'ajoutent aux influx provenant de l'appareil
locomoteur. Par conséquent on ne peut en déduire
que les troubles articulaires -ou les lésions ,
ostéopathiques- ne peuvent pas être considérés
comme une cause ultime des maladies; ils représentent
plutôt l'un des nombreux facteurs étiologiques
qui opèrent simultanément dans l'établissement
d'un processus pathologique. "En fait, on se demande s'il
y a jamais eu une cause unique pour tout effet, et s'il
y a jamais eu un facteur étiologique isolé
pour toute entité clinique. Chaque facteur agit
dans le contexte de nombreux autres facteurs et provoque
certains effets seulement dans une combinaison de certains
facteurs. La lésion ostéopathique est l'un
des facteurs les plus importants. C'est un facteur sensibilisant,
prédisposant, localisant et canalisant. La lésion
ostéopathique sensibilise un segment de la moelle,
affaiblit ses barrières de protection et facilite.
Elle ne provoque pas nécessairement de symptômes,
et même lorsqu'elle est silencieuse sur le plan
symptomatique, on peut la découvrir. Ceci n'est
pas pour minimiser l'importance de la lésion ostéopathique,
bien au contraire, c'est en vue d'en élargir le
concept. En premier lieu, cela prouve que le diagnostic
et la thérapie ostéopathiques peuvent apporter
une contribution à la médecine préventive".
Ainsi,
par exemple, l'augmentation de l'activité d'un
récepteur nerveux due à son irritation dans
un des éléments du segment articulaire,
est transmise jusqu'au segment médullaire correspondant.
Si l'irritation initiale persiste, ce segment médullaire
sera sollicité en permanence. Les neurones efférents
correspondants, seront bombardés même au
repos par des influx afférents. Leur seuil de réponse
s'abaissant, ces neurones seront donc facilités.
La moindre information supplémentaire amènera
ces neurones effecteurs à décharger, maintenant
les différentes zones du métamère
leur correspondant en activité excessive.
L'information
circule donc du récepteur au segment médullaire,
du segment médullaire au métamère
et par là-méme au récepteur initial.
Il se crée donc par un système de feed-back,
une véritable "boucle de surstimulation." Ainsi,
les douleurs ou les gênes fonctionnelles segmentaires
ressenties par le patient, les cordons musculaires indurés
ou les réductions de mobilité d'un segment
vertébral par rapport aux segments sus et sous-jacents
palpés par l'ostéopathe, seraient en quelque
sorte la résultante de cette facilitation segmentaire
maintenant ces structures dans un état sub-normal
d'excitation.
Cette
théorie est séduisante et expliquerait en
partie les résultats obtenus par les ostéopathes.
Elle est le résultat de longues années d'études
effectuées sur des bases scientifiques par le Professeur
Irvin Korr et son équipe.
Peut-elle
nous éclairer sur l'action de la thérapie
manuelle?
Voici
à nouveau ce que nous dit à ce sujet le
Professeur Irvin Korr: " Ici nous pouvons seulement essayer
de deviner, mais au moins nos estimations sont fondées
sur des hypothèses solides et démontrées
expérimentalement "
"Les
méthodes manipulatives que les ostéopathes
appliquent, s'adressent en général à
des muscles restés dans un état permanent
de contraction, incapables de se détendre spontanément
même si l'excitation est supprimée (état
de contracture). "
"Une
détente de ces muscles entraîne une augmentation
passive de la longueur de leurs fibres, ce qui implique
une diminu tion de la tension exercée sur les propriocepteurs
des muscles et tendons; la diminution de cette tension
réduit le nombre d'influx envoyés à
la moelle par les récepteurs et donc le niveau
de facilitation du segment médullaire en question.
Puisqu'une tension excessive des muscles et des tendons,
due par exemple à quelque déplacement osseux,
tend par voie réflexe à produire davantage
de tension, les manipulations en diminuant la tension
globale brisent un cercle vicieux."
"Un
autre cercle vicieux peut se produire qui peut être
rompu par la thérapie manipulative: nous avions
dit que la facilitation d'un segment médullaire
englobait la facilitation des voies sympathiques. Cette
facilitation des voies sympathiques peut aboutir à
un état de sympathicotonie susceptible d'entraîner
une pathologie viscérale. Celle-ci, une fois constituée,
va se conduire comme une source supplémentaire
de bombardement pour le segment facilité, aggravant
la lésion somatique qui, à son tour, va
entraîner une irritation plus intense du viscère.
La relaxation des muscles par manipulation peut briser
ce cercle vicieux en diminuant la fréquence de
décharge des propriocepteurs. Même si cette
irritation ne peut être supprimée que pour
une courte durée, l'action des processus de guérison
naturelle s'en trouve tout de même favorisée."
"Grâce
à une rééquilibration manipulative
du squelette et grâce à un réajustement
de la posture, la cause originelle du stress, c'est-à-dire
la tension excessive des muscles, tendons et ligaments,
peut être éliminée, rendant plus durables
les résultats obtenus."
"Ceci
est sans aucun doute une version très schématique
des conséquences fondamentales d'une manipulation,
mais elle peut servir d'hypothèse de base et de
guide pour des recherches expérimentales plus approfondies."
Autrement
dit, lorsqu'un ostéopathe restaure la mobilité
d'un segment articulaire de la colonne vertébrale
(la mobilité étant une notion très
relative), il aurait une double action locale et à
distance. Un tel traitement manuel prodigué au
bon moment et à bon escient, pourrait prévenir
des détériorations futures et de maux plus
importants puisqu'il casserait le cercle vicieux de cette
boucle facilitatrice qui maintient les structures locales
et à distance dans un état sub-normal d'excitation.
En
conclusion, cette théorie neurophysiologique de
la facilitation segmentaire, est aujourd'hui admise par
toutes les écoles d'ostéopathie structurelle,
notamment la BSO. Elle permet en outre de donner une explication
scientifique à la notion d'états "sub-normaux"
résultant de cette surstimulation permanente pouvant
à la longue soit dégénérer
et devenir franchement pathologique, soit être normalisés
par les mains de l'ostéopathe.
COLLÈGE D'OSTÉOPATHIE DU QUÉBEC
À MONTRÉAL
87-B, BOULEVARD BRUNSWICK,
D.D.O.,
QC
Collège
d'Ostéopathie du Québec à Montréal
(COQM)
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